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    J'ai le grand plaisir de vous présenter une oeuvre d'exception. Au détour d'une ruelle du très beau village médiéval de Carennac, sur une paisible rive de la Dordogne, la vue plonge sur un monument autant inattendu qu'extraordinaire, je veux parler du fronton roman de l'église de Carennac.
    Intrigué par ce bas relief en arche approchons-nous de plus près pour le contempler avec attention.

L'émotion est forte, lorsque l'ont fait face au fronton, dont se dégage une étonnante impression de symétrie, d'équilibre et d'harmonie.
De l'ombre à la lumière, cette fabuleuse scuplture saisit par sa force d'expression.
    On ne peut manquer, après avoir fréquenté le lieu à plusieurs reprises, d'être frappé par la richesse de tous ces motifs et personnages, dont l'éclairage, à chaque moment de la journée et des quatre saisons, révèle des aspects et des visages toujours différents.
    La figure centrale du Christ, enchassée dans sa mandorle et entourée de ses douze disciples, est majestueuse, pleine de sérénité, d'humanité et de simplicité.
    La toge se developpe autour du nombril en une large volute spiralée qui vient entourer le livre sacré, illuminé à présent par un rayon de soleil !
    Les pieds, d'un surprenant réalisme, encadrent un curieux objet quadrandulaire percé de quatre orifices finement cerclées.
    Les quatre évangélistes encadrent, dans les quatre angles du rectangle dans lequel s'inscrivent le Christ et sa mandorle, le lion, le taureau, l'aigle et l'ange, qui correspondent aussi aux quatre constellations cardinales du zoodiaque ptoléméen.
En haut à droite de la mandorle, place privilégière, l'apôtre Pierre, dans la lumière du levant.
    Enigmatique, il nous invite de la main gauche à pénétrer dans un lieu dont lui seul possède la clé.
    Il désigne l'ange, tout entier tourné vers le livre qu'il tient amoureusement entre ses mains jointent, juste au dessus des deux doigts dressés du Christ et qui semblent eux aussi le désigner. L'Ange semble, ou l'élever vers le soleil en forme de rosace qui domine tout l'ensemble, ou le recevoir de celui-ci. L'évangile de Jean, "l'évangile d'amour", tient donc ici une place tout à fait centrale.
    Je les ai passé au blanc afin de mieux les faire ressortir. Le personnage à gauche de St Pierre a disparu mais on distingue encore sur la paroie une empreinte rectangulaire qui devait certainement être celle d'un livre, ce qui amènerait la composition à seize livres en tout ! Il est frappant de voir la rythmique que la récurance de tous ces livres crée dans l'ensemble de l'oeuvre, un peu comme des notes de musique sur la portée d'une partition.

    Il serait aisé de placer, en épigraphe à cette oeuvre exceptionnelle, ces paroles d'un des pères de l'Eglise :

 

Toi, mon fils, applique-toi principalement à la lecture des divines Ècritures. Applique toi bien à cela.

En t'appliquant à les lire, frappe, dans ta lecture, à la porte de ce qui est fermé, et il t'ouvrira, le portier.

En t'appliquant à cette divine lecture, cherche le sens des divins écrits, caché au grand nombre.

C'est pour cela qu'il est dit : « Frappez et l'on vous ouvrira, cherchez et vous trouverez,

mais aussi, demandez et vous trouverez »,  à celui-là le portier ouvre

Mais ne te contente pas de frapper et de chercher,

car il est nécessaire de prier pour comprendre les choses divines.

                                                                                                             
                                                                                                                                                                                      Origène, III siècle

    Fait très étonnant, ce fronton met en scène plus d'une quinzaine de livres, ce qui est certainement unique dans tout l'art roman, et qui fait de ce tympan de Carennac une oeuvre absolument singulière et originale.
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    La composition s'inscrit à l'intérieur d'une croix qui se continue vers le bas à travers la quadruple colonne centrale sur laquelle s'appuie tout le fronton. Cette croix, constituée en haut par trois rectangles, s'inscrit elle même dans un cercle parfait. constitué en haut par le demi cercle du tympan, qui se continu en bas, invisible, jusqu'au pied des quatre colonnes centrales.